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mercredi 5 août 2026
Agro-industrie

Suspension des importations de maïs : les greniers de l’Ouest devant leur épreuve de vérité

5 min de lecture

Le gouvernement a suspendu les autorisations d’importation à l’issue d’une concertation tenue le 13 mai 2026. Les producteurs locaux vendaient à perte face à un grain importé moins cher. La mesure protège, mais elle expose aussi un déficit de compétitivité que la protection ne comblera pas.

La décision a été prise vite. Une réunion interministérielle présidée le 7 mai 2026 par le Premier ministre a acté le constat, puis un courrier daté du 8 mai 2026, portant la mention « très urgent », a conduit le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana à inviter son collègue de l’Agriculture Gabriel Mbairobe à geler la délivrance des autorisations d’importation. Une concertation tenue le 13 mai 2026 au ministère du Commerce, réunissant les représentants du ministère de l’Agriculture, la Direction générale des douanes, les sociétés importatrices et les acteurs de la filière, a formalisé la suspension, assortie d’une évaluation des stocks et d’une mobilisation de l’Office céréalier.

Le déclencheur est un contraste devenu intenable. Des producteurs se retrouvaient avec des stocks invendus pendant que des cargaisons importées continuaient d’arriver sur le marché intérieur.

Le chiffre qui explique tout

L’arbitrage des transformateurs est purement arithmétique. Au mois de mai 2026, la tonne de maïs importé s’échangeait entre 131 000 et 155 000 francs CFA. Sur la même période, le grain produit localement se négociait entre 140 000 et 255 000 francs la tonne selon les bassins, la variété et le calendrier de récolte, d’après les relevés du ministère de l’Agriculture. L’écart suffit à orienter les acheteurs vers le port de Douala plutôt que vers les greniers du Centre, de l’Ouest ou de l’Adamaoua.

Ramené au kilogramme, le constat est plus brutal encore. Certains producteurs engagent jusqu’à 165 francs pour produire un kilogramme de maïs qu’ils sont contraints de revendre autour de 100 francs, soit le prix du grain importé. Lors de la concertation, la présidente du conseil d’administration de la coopérative Coop Centre, Adèle Atangana, a porté une demande précise : que les opérateurs économiques s’engagent à privilégier l’approvisionnement local et que des contrats formels lient producteurs et industriels.

Une production qui progresse mais reste en retard

Les volumes nationaux ont pourtant augmenté. La production camerounaise est passée de 1,98 million de tonnes en 2020 à 2,36 millions de tonnes en 2024, après une moyenne annuelle de 2,2 millions entre 2017 et 2021. La demande, elle, est évaluée à environ 2,8 millions de tonnes, portée par la croissance démographique et par l’essor des industries agroalimentaires, élevage, minoteries et amidonneries. La production progresse d’environ 2,2 pour cent par an quand la population croît de 2,8 pour cent, ce qui creuse mécaniquement l’écart.

L’objectif de 4 millions de tonnes dès 2025 fixé par la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 n’a pas été atteint, l’évaluation à mi parcours situant la production autour de 2,3 millions de tonnes.

Les importations traduisent cette tension. Elles ont atteint 81 833 tonnes en 2024, en hausse de 103,1 pour cent sur un an, après près de 40 000 tonnes en 2023 pour 7,8 milliards de francs CFA. En 2025, elles se sont établies à 72 586 tonnes pour 10,2 milliards de francs CFA. L’Argentine reste le principal fournisseur. Paradoxalement, et malgré ces achats, environ 50 000 tonnes s’échappent chaque année vers les pays voisins par des circuits informels, signe d’une désorganisation du marché intérieur autant que d’un différentiel de prix aux frontières.

Le vrai sujet : 1,8 tonne à l’hectare

Derrière la question tarifaire se cache un déficit de productivité que la fermeture des frontières ne corrigera pas. Le rendement moyen camerounais s’établissait à 1,8 tonne par hectare en 2023, très en deçà du standard mondial de 5,9 tonnes et des 6,4 tonnes atteintes en Afrique du Sud. Tant que ce ratio ne bouge pas, tout renchérissement du grain importé se traduira par un renchérissement du produit fini, donc par une taxe implicite sur le consommateur et sur l’éleveur.

Les voix critiques dans le débat public le formulent sans détour : une suspension pure et simple risque d’être arbitraire et contre productive si elle n’est pas accompagnée. Les pistes avancées sont la vulgarisation des résultats de recherche déjà disponibles auprès de l’Institut de recherche agricole pour le développement, la généralisation des bourses agricoles au niveau des bassins de production pour connecter l’offre et la demande, et une autorisation d’importation limitée aux seules quantités réellement déficitaires.

Pour les Bamboutos, un moment charnière

Le bassin maïs et haricot des Bamboutos s’est constitué en grande partie à la faveur de la déprise caféière, la production vivrière marchande prenant le relais d’une culture de rente devenue peu rémunératrice. Cette économie associe des exploitants ruraux et une part croissante de citadins de Mbouda et des environs, avec une forte implication des femmes dans la production comme dans la circulation des produits.

La suspension des importations offre à ce bassin une fenêtre de commercialisation qu’il n’avait plus. Elle ne vaudra que si elle est utilisée pour signer des contrats pluriannuels avec les provendiers et les minoteries, et pour financer les semences et le stockage. Sans cela, la mesure aura simplement déplacé le problème d’une campagne à la suivante.

Wilson N

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