Aller au contenu
Indicateurs
Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%
mercredi 5 août 2026
Agro-industrie

Les Bamboutos produisent, le pays importe : anatomie d’un gaspillage de 60 pour cent

5 min de lecture

L’Ouest et le Nord-Ouest assurent 80 pour cent de la production nationale de pomme de terre. La région produit environ 180 000 tonnes par an, dont plus de 40 pour cent sortent d’un seul village. La demande atteint souvent le million de tonnes. Entre les deux, une chaîne de valeur qui perd l’essentiel de ce qu’elle produit.

Le rapport de forces est connu des services agricoles depuis longtemps. Selon les statistiques du Projet centres d’innovations vertes pour le secteur agroalimentaire, conduit avec l’appui de la coopération allemande, les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest concentrent à elles seules 80 pour cent de la production annuelle de pomme de terre au Cameroun. La production nationale oscille entre 220 000 et 400 000 tonnes depuis une dizaine d’années, selon la clémence du climat, quand la demande atteint souvent un million de tonnes par an.

À l’échelle régionale, l’Ouest produit environ 180 000 tonnes chaque année. Plus de 40 pour cent de ce volume proviennent de Bangang, village de l’arrondissement de Batcham, dans le département des Bamboutos, où la terre noire d’origine volcanique offre des rendements supérieurs à la moyenne. Lors d’une exposition organisée sur l’esplanade du palais royal de Bangang, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Gabriel Mbairobe avait invité les producteurs à convertir ce potentiel en véritable bassin agricole structuré, dans la perspective d’un objectif national d’un million de tonnes.

Les producteurs de la localité, représentés par Meli Kennedy, avaient formulé de leur côté un objectif de 60 000 tonnes à l’horizon 2026, assorti de trois conditions explicites : l’accès à des semences améliorées, la construction d’un magasin de stockage, et le bitumage de la route reliant le marché de Bangang à Nzindong, artère d’évacuation de la production.

Le vrai problème n’est pas la production

L’examen des données révèle un paradoxe que les statistiques agrégées masquent. Entre 2009 et 2023, la production de pommes de terre a oscillé dans une fourchette de 166 à 378 millions de kilogrammes, soit une volatilité proche de 56 pour cent autour de la moyenne. Cette instabilité pèse sur les prix, décourage l’investissement dans les intrants et rend tout contrat d’approvisionnement industriel difficile à honorer.

Mais le point de rupture se situe en aval. Selon les analyses conduites sur la filière, environ 60 pour cent de la production se perd entre le champ et l’assiette. Les projections à l’horizon 2026 dessinent un contraste saisissant, avec une demande prévisionnelle évaluée à 170 400 tonnes face à une production potentielle de 450 000 tonnes, ce qui révèle moins un déficit de production qu’un déficit de transformation, de conservation et de commercialisation.

Autrement dit, la région ne manque pas de tubercules. Elle manque de chambres froides, de magasins de stockage aux normes, de routes praticables en saison des pluies, d’unités de transformation en frites, en flocons ou en amidon, et de contrats liant producteurs et acheteurs industriels.

Deux cent mille exploitantes

La dimension sociale de la filière est rarement mise en avant dans les analyses macroéconomiques. Plus de 200 000 exploitantes agricoles cultivent la pomme de terre et la patate douce dans les champs en terrasses des hauts plateaux. Cette économie, largement féminine et largement informelle, échappe aux indicateurs qui structurent le débat public sur la croissance, alors qu’elle assure une part substantielle des revenus monétaires ruraux et de l’approvisionnement alimentaire des grandes villes.

Un cadre stratégique existe. La Stratégie nationale de la pomme de terre couvrant la période 2022-2030 a fait l’objet d’une mise à jour, appuyée par un rapport de diagnostic du Centre international de la pomme de terre publié en 2023. Les besoins de financement identifiés au moment de l’élaboration de cette stratégie avaient été évalués à 40 milliards de francs CFA. Des expérimentations de production de semences améliorées inspirées de techniques indiennes ont par ailleurs été engagées.

Ce que le secteur privé peut faire dès maintenant

Trois interventions ne dépendent pas de la puissance publique. La première est le stockage sous contrat : un opérateur qui finance un magasin ventilé et le remplit contre engagement d’achat déplace immédiatement le pouvoir de négociation du producteur, aujourd’hui contraint de vendre au moment où tout le monde vend.

La deuxième est la transformation de première gamme. La demande urbaine en produits transformés progresse plus vite que la production locale ne s’y adapte, et les volumes disponibles dans les Bamboutos permettraient d’alimenter des unités de taille moyenne sans importer la matière première.

La troisième est contractuelle. La volatilité de 56 pour cent constatée sur quinze ans rend le secteur inéligible au crédit bancaire classique. Un système d’agrégation liant coopératives, transformateurs et établissements financiers, avec des prix planchers, réduirait ce risque perçu et débloquerait le financement.

Le potentiel n’est pas contesté. Il est mesuré, localisé, et il attend une chaîne logistique.

O.F

Partager cet article

A lire aussi

Laisser une reaction