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mercredi 5 août 2026
Economie

L’Ouest abrite près d’une entreprise camerounaise sur dix, mais le tissu reste très petit et très informel

4 min de lecture

Le troisième recensement général des entreprises dénombre 438 893 unités économiques dans le pays, plus du double de 2016. La région de l’Ouest en concentre 9,7 pour cent et s’installe au troisième rang national, derrière Douala et Yaoundé. Derrière la performance, une structure économique qui interroge.

Le chiffre a de quoi frapper. Le troisième recensement général des entreprises conduit par l’Institut national de la statistique établit à 438 893 le nombre d’unités économiques recensées sur le territoire, contre 209 482 lors du deuxième recensement dont la collecte s’était achevée fin 2016. La progression atteint 109,5 pour cent, soit un doublement en moins d’une décennie.

La cartographie confirme la domination des deux métropoles. Douala concentre 33 pour cent des entreprises et Yaoundé 19,7 pour cent. La région de l’Ouest suit avec 9,7 pour cent, ce qui la place au troisième rang national et loin devant les sept autres régions. Rapporté à la superficie, le résultat est plus remarquable encore : avec 13 892 kilomètres carrés, l’Ouest est la plus petite région du pays, et la plus densément peuplée, avec plus de deux millions et demi d’habitants répartis sur huit départements et quarante arrondissements.

Un tissu tertiaire et de petite taille

La lecture sectorielle tempère l’enthousiasme. Le secteur tertiaire représente 85,6 pour cent des unités économiques recensées, indicateur d’une tertiarisation accélérée qui ne dit rien de la valeur ajoutée créée. Le recensement précédent avait déjà établi la prépondérance écrasante des très petites entreprises, à 79,2 pour cent du total, devant les petites entreprises à 19,3 pour cent, les moyennes à 1,3 pour cent et les grandes à 0,2 pour cent.

Les analyses conduites sur les résultats du dernier recensement pointent une dynamique orientée vers des activités à faible barrière à l’entrée : commerce, services de proximité, restauration, transport. Ces activités sont majoritairement informelles, de petite taille, peu capitalistiques. L’industrie, à l’inverse, exige des investissements initiaux plus élevés, des compétences techniques, un accès stable à l’énergie, aux intrants et aux infrastructures logistiques, autant de conditions qui limitent l’entrée de nouveaux acteurs, en particulier les jeunes entrepreneurs et les femmes, dont la part dans les unités industrielles reste faible.

Le signal le plus préoccupant tient à la diminution du chiffre d’affaires moyen généré par les entreprises du secteur secondaire. Autrement dit, le pays crée davantage d’unités économiques, mais celles qui produisent réellement des biens se portent moins bien qu’auparavant.

Le paradoxe industriel des Hauts Plateaux

La région de l’Ouest illustre ce paradoxe avec une netteté particulière. Son économie repose sur les activités agro sylvo pastorales et la transformation des produits agricoles, au premier rang desquels le café arabica. Elle compte quelques industries brassicoles, chimiques, avec des savonneries et des huileries, et agroalimentaires. Le commerce et la distribution en constituent l’autre pilier. Historiquement, la production industrielle nationale est restée concentrée à Douala, qui regroupe plus de 70 pour cent des entreprises industrielles, Bafoussam accueillant surtout des fabriques de détergents.

Cette spécialisation partielle laisse un espace considérable. La région produit en volume et transforme peu. Elle exporte des matières premières agricoles vers les bassins de consommation et réimporte de la valeur ajoutée. Chaque unité de transformation installée sur place déplace ce rapport.

Un troisième facteur joue en faveur du territoire, rarement mis en avant dans les analyses sectorielles : le coût d’implantation. Bafoussam, troisième ville du pays avec une population estimée entre 340 000 et 400 000 habitants selon les relevés, présente des coûts d’installation et des loyers nettement inférieurs à ceux de Douala, un appartement d’une chambre en centre ville s’y louant autour de 72 000 francs CFA par mois contre deux à trois fois davantage dans la capitale économique. Pour des activités de services aux entreprises, de formation professionnelle ou de transformation légère, l’écart de charges fixes constitue un avantage compétitif rarement exploité.

Ce qu’il manque

Trois manques structurent le débat. Le premier est statistique : les données régionales fines, département par département, restent difficilement accessibles aux investisseurs, ce qui alimente l’incertitude et le renchérissement du capital. Le deuxième est énergétique, condition posée de toute montée en gamme industrielle. Le troisième est financier, et il fait l’objet d’un traitement séparé dans nos colonnes.

Reste que la position acquise est réelle. Une entreprise camerounaise sur dix relève désormais d’une région qui représente à peine cinq pour cent du territoire national. Le potentiel n’est plus à démontrer, il est à convertir.

O.F

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