Aller au contenu
Indicateurs
Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%
mercredi 5 août 2026
Agro-industrie

L’UCCAO met en service une usine de 1,05 milliard à Bafoussam au moment où le prix de l’arabica progresse de 20 pour cent

5 min de lecture

Six tonnes transformées par cycle de huit heures, un financement partagé entre l’État et la coopérative, une campagne 2024-2025 en hausse de près de 10 pour cent. La doyenne des coopératives camerounaises tente de convertir une embellie conjoncturelle en capacité industrielle durable.

L’unité a été mise en service à Bafoussam au cours du mois de mars 2026. Son coût s’établit à 1,05 milliard de francs CFA, financé à hauteur de 700 millions par l’État et de 350 millions par l’Union centrale des sociétés coopératives agricoles de l’Ouest. Sa capacité est de six tonnes de café par cycle de huit heures, un volume qui permet d’absorber une part significative de la production nationale disponible et de réduire la dépendance aux installations existantes.

Le geste industriel intervient dans un contexte de reprise des prix. La campagne caféière 2024-2025, théoriquement achevée le 15 septembre 2025 pour l’arabica et le 15 novembre 2025 pour le robusta, a été marquée par une amélioration des indicateurs. La production commercialisée est passée de 10 592 à 11 637 tonnes, soit une progression de 9,86 pour cent. Surtout, le kilogramme d’arabica est passé de 2 375 à 2 854 francs CFA, une hausse de 20,16 pour cent, tandis que le robusta grimpait de 1 500 à 1 959 francs, soit 30,6 pour cent de mieux. Ces chiffres figurent dans le communiqué rendu public le 13 janvier 2026 par le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, à la veille du lancement de la campagne 2025-2026, intervenu le 16 janvier 2026 dans la localité de Batidoum, dans la région de l’Est.

Une coopérative de 1958 face à une filière en repli

L’institution qui porte cet investissement a été créée le 17 octobre 1958 sous le nom d’Union des coopératives de café Arabica, avant de prendre son appellation actuelle en 1978. Son siège est à Bafoussam. Elle assure l’usinage et le conditionnement du café de ses coopératives membres, la commercialisation du café vert, la torréfaction et la mouture, et elle dispose de ses propres usines de transformation ainsi que d’un laboratoire de contrôle. Le nombre de planteurs encadrés varie selon les sources, de 50 000 à 110 000, écart qui appelle une clarification de la part de la coopérative elle même.

Le contraste avec la trajectoire longue de la filière est cependant sévère. Le pays produisait environ 130 000 tonnes de café dans les années 1990. La production nationale actuelle représente moins du dixième de ce volume. Le plan de relance des filières cacao et café adopté en 2014 par le gouvernement et les acteurs de la filière fixait un objectif de 125 000 tonnes de robusta et 35 000 tonnes d’arabica par an à l’horizon 2020. Cet objectif n’a jamais été atteint et il reste attendu.

Les causes du déclin sont documentées et convergentes. Le vieillissement des vergers arrive en tête, suivi des effets du changement climatique sur des altitudes autrefois idéales, et du désintérêt progressif des producteurs, longtemps découragés par des prix d’achat jugés non rémunérateurs. Sur les hauts plateaux, ce désintérêt a pris une forme précise, celle de la déprise caféière, avec la reconversion massive des parcelles vers le vivrier marchand.

Pourquoi la transformation change l’équation

L’intérêt stratégique de la nouvelle unité ne réside pas dans sa capacité nominale, mais dans la position qu’elle occupe dans la chaîne de valeur. Un pays qui exporte du café vert vend une matière première dont le prix se forme ailleurs. Un pays qui torréfie, moud et conditionne capte une marge supplémentaire et gagne un pouvoir de négociation sur la qualité.

Le marché mondial du café connaît par ailleurs une mutation qui joue en faveur de cette montée en gamme. Le grain n’est plus seulement une boisson, il devient une source d’ingrédients à haute valeur ajoutée pour la cosmétique, la nutraceutique et les boissons innovantes. Sur ces segments, la traçabilité, la constance de la qualité et la souplesse d’approvisionnement deviennent des critères non négociables. Une coopérative disposant de ses propres unités et d’un laboratoire de contrôle possède, en théorie, les moyens de s’y positionner, y compris en production sous marque blanche pour des porteurs de projet qui ne peuvent investir dans un outil industriel.

Les questions qui restent posées

Trois interrogations conditionnent la portée de l’investissement. La première est celle de l’approvisionnement : une capacité de six tonnes par cycle suppose un flux régulier de cerises et de café marchand, donc une politique de renouvellement des vergers dont le calendrier n’est pas public. La deuxième porte sur le prix payé au planteur, seul mécanisme capable d’enrayer durablement la déprise, et sur la répartition de la marge industrielle nouvellement créée. La troisième est commerciale : transformer localement n’a de sens que si les débouchés, nationaux et à l’exportation, sont sécurisés par des contrats.

L’embellie des prix de la campagne 2024-2025 offre une fenêtre. Elle reste conjoncturelle et suspendue à un environnement international porteur. La question posée à la filière est de savoir si cette fenêtre servira à replanter ou seulement à encaisser.

Mérimé Wilson

Partager cet article

A lire aussi

Laisser une reaction