385 microfinances agréées pour 2026 : le secteur se resserre, l’Ouest reste l’un des réseaux les plus denses du pays
Le ministère des Finances a publié la liste des établissements autorisés à exercer cette année. Ils sont 385, contre 390 un an plus tôt. Derrière ce léger recul, un mouvement d’assainissement engagé depuis 2015 et un secteur qui porte à lui seul 659,4 milliards de francs CFA de crédits.
La liste est arrêtée au 31 décembre 2025 et vaut pour toute l’année en cours. Le ministre des Finances Louis Paul Motazé a rendu publics les noms des 385 établissements de microfinance autorisés à exercer sur le territoire national en 2026, contre 390 agréés à la fin de l’exercice précédent. La communication officielle assume un objectif de protection : dissuader les usagers de recourir à des établissements clandestins, régulièrement signalés dans un secteur dont l’importance pour le financement des ménages et des très petites entreprises n’est plus discutée.
Le poids économique de ces établissements est considérable. En 2024, les microfinances camerounaises ont accordé 659,4 milliards de francs CFA de crédits aux agents économiques, selon les données de la Commission bancaire de l’Afrique centrale. Le montant progresse d’environ 41 milliards en un an et représente 57,6 pour cent des parts de marché du crédit micro financier dans l’ensemble de la Cemac. Les financements distribués par les établissements camerounais sont trois fois supérieurs à ceux du Congo et six fois supérieurs à ceux du Gabon.
Cette prédominance tient aussi à la densité du réseau. Sur les 521 établissements agréés dans l’espace communautaire en 2024, 384 se trouvaient au Cameroun, soit 73,7 pour cent de l’ensemble.
Une carte régionale contrastée
La répartition territoriale des établissements n’est pas homogène. Un relevé officiel publié en 2022, au moment où le pays comptait 402 établissements autorisés, situait environ 80 microfinances dans la région de l’Ouest. Le Nord Ouest en enregistrait alors plus d’une centaine, le Littoral près d’une soixantaine, l’Est plus d’une soixantaine. Le Nord n’en comptait que huit et l’Adamaoua trois. Les régions septentrionales n’accueillent d’ailleurs, pour certaines d’entre elles, que des établissements de deuxième et troisième catégories.
Cette géographie n’est pas fortuite. Elle recoupe précisément les zones où la pratique de l’épargne organisée est la plus ancienne et où les réseaux coopératifs se sont formés le plus tôt. Les Hauts Plateaux figurent parmi les territoires où la conversion de l’épargne collective informelle en institution agréée s’est opérée le plus systématiquement.
L’envers de la performance
Le secteur affiche cependant des fragilités que le régulateur ne dissimule plus. La qualité du portefeuille de crédit se dégrade à l’échelle de la sous région, et cette dégradation est portée en très large part par le marché camerounais, qui en concentre plus de huit dixièmes selon les analyses publiées à partir des données de la Commission bancaire. Une expansion rapide du crédit dans un environnement où la culture du recouvrement reste inégale produit mécaniquement ce résultat.
Le durcissement de la supervision engagé depuis la réforme de 2015 explique en partie la contraction du nombre d’établissements agréés. Après une période de transition prolongée jusqu’en 2020, les contrôles ont été intensifiés à partir de 2021, entraînant l’exclusion des acteurs jugés non conformes. Le critère d’appréciation a changé de nature : le respect des ratios prudentiels ne suffit plus, la gouvernance, le contrôle interne et la gestion des risques sont devenus déterminants. Le cadre réglementaire fixe par ailleurs des exigences de capital social, à 300 millions de francs CFA pour les établissements de deuxième catégorie et 150 millions pour ceux de troisième catégorie, selon le règlement communautaire du 30 juillet 2020.
Le mouvement a un revers direct pour les épargnants. Les liquidations et les placements sous administration provisoire se succèdent depuis plusieurs exercices, alimentant les inquiétudes sur la sécurité des dépôts et la continuité du service de crédit. Chaque défaillance individuelle érode la confiance dans l’ensemble du secteur, y compris pour les établissements solides.
Ce que cela change pour un dirigeant de PME
Trois conséquences pratiques méritent d’être retenues. La première tient à la vérification : l’agrément est public, annuel et consultable, et le contrôle de la présence d’un établissement sur la liste ministérielle constitue le premier acte de diligence avant toute domiciliation d’épargne d’entreprise.
La deuxième concerne la structure du financement. Dans les zones où les banques commerciales sont peu présentes, la microfinance reste le canal opérationnel du crédit de campagne, du crédit de stock et du préfinancement de collecte. Sa consolidation réglementaire améliore la lisibilité du secteur pour les investisseurs institutionnels et les fonds à impact, ce qui ouvre à moyen terme la possibilité de refinancements plus larges.
La troisième est stratégique. Le pays concentre environ 40 pour cent du tissu industriel de la sous région selon les données officielles, et cette diversification élargit la base de clientèle des acteurs financiers. La question n’est donc pas celle de la taille du marché, mais celle de la capacité des établissements à en couvrir le risque.
Mérimé Wilson
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