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mercredi 5 août 2026
Finance et Nkap

Née à Bafoussam en 1997, CCA-Bank entre dans le top 5 du crédit national au moment où l’offre se contracte

5 min de lecture

La banque fondée comme coopérative d’épargne et de crédit dans la capitale régionale de l’Ouest a capté 10,97 pour cent des nouveaux crédits accordés au Cameroun au premier trimestre 2026, contre 3,98 pour cent un an plus tôt. Elle progresse dans un marché qui, lui, recule de près de 550 milliards.

L’histoire commence en juillet 1997 à Bafoussam. Le Crédit communautaire d’Afrique est alors constitué sous le régime de la loi de 1992 relative aux coopératives et aux groupes d’initiative commune. Il démarre effectivement ses activités en 1998 sous la forme d’une société coopérative d’épargne et de crédit, avant d’obtenir en 2001 un agrément d’établissement de microfinance de deuxième catégorie auprès de la Commission bancaire de l’Afrique centrale.

La trajectoire qui suit tient en quelques dates. Transformation en société anonyme en 2006, avec un capital porté à 2 milliards de francs CFA. Capital de 5 milliards en 2010, qui permet d’atteindre 42 agences. Décision, en novembre 2015, de porter le capital social de 5 à 15 milliards, avec une libération partielle à 10 milliards en décembre 2016. Avis conforme de la Commission bancaire en mars 2017. Agrément de banque universelle obtenu le 30 mai 2018, faisant de l’établissement la quinzième banque commerciale du pays. À cette date, la base de clientèle héritée de la microfinance comptait environ 450 000 clients au 31 décembre 2017.

L’établissement, fondé par Albert Nkemla, revendique aujourd’hui un réseau de 56 agences et 64 distributeurs automatiques, un capital social supérieur à 29 milliards de francs CFA et un siège social installé à Douala, dont les nouveaux locaux ont été inaugurés le 19 octobre 2024. La direction générale est assurée par Marguerite Fonkwen Atanga. En juin 2023, la banque avait conclu avec la Société financière internationale, membre du groupe de la Banque mondiale, une ligne de 10 milliards de francs CFA destinée au financement des petites et moyennes entreprises, dont au moins un quart devait bénéficier à des entreprises détenues ou dirigées par des femmes.

La percée de 2026

Les données de la Banque des États de l’Afrique centrale sur l’évolution des taux débiteurs au premier trimestre 2026 confirment un basculement. General Bank of Cameroon, l’ancienne Société Générale Cameroun passée sous contrôle de l’État après le rachat de la participation majoritaire du groupe français, prend la tête du marché avec 17,64 pour cent des nouveaux crédits distribués, soit environ 235,1 milliards de francs CFA. Elle est suivie par la Société commerciale de banque Cameroun, à 17,48 pour cent et environ 232,9 milliards, puis par la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit, à 14,76 pour cent, et par Afriland First Bank, à 13,48 pour cent.

CCA-Bank complète le top cinq avec 10,97 pour cent des parts de marché. La progression est la plus spectaculaire du classement, puisque l’établissement pesait 3,98 pour cent un an plus tôt. Viennent ensuite BGFIBank Cameroun à 8,61 pour cent, Ecobank Cameroun à 6,23 pour cent, AFG Bank Cameroun, ex Banque Atlantique, à 5,80 pour cent, United Bank for Africa Cameroun à 1,82 pour cent et NFC Bank à 0,96 pour cent.

Les mouvements inverses sont tout aussi lisibles. La BICEC recule de 17,60 à 14,76 pour cent, BGFIBank de 11,27 à 8,61 pour cent, et le repli le plus marqué revient à AFG Bank Cameroun, qui passe de 13,26 à 5,80 pour cent en un an.

Un marché qui se contracte

Le contexte donne à cette percée une signification différente. Au premier trimestre 2026, les établissements de crédit en activité au Cameroun ont octroyé 207 119 nouveaux crédits pour une enveloppe globale de 1 337,3 milliards de francs CFA. Au premier trimestre 2025, ils avaient distribué 1 887 milliards. L’écart approche 550 milliards en un an, alors même que le nombre de dossiers progresse légèrement, de 202 508 à 207 119.

La lecture est mécanique : le marché traite davantage de dossiers pour des tickets moyens nettement plus faibles. Le renchérissement accompagne ce mouvement. Les taux débiteurs pratiqués par les établissements installés au Cameroun s’établissent à 9,03 pour cent au premier trimestre 2026, contre 8,26 pour cent un an plus tôt. Pour les banques, qui assurent la quasi totalité de l’offre, le taux effectif global ressort en moyenne à 8,97 pour cent.

Le marché demeure par ailleurs fragmenté. La Banque des États de l’Afrique centrale relève qu’aucun établissement n’a exercé d’influence significative sur les prix ou les conditions générales du marché du crédit bancaire.

Ce que cela signifie sur les Hauts Plateaux

Pour une entreprise de la région, l’équation se complique sur trois plans simultanément. Le crédit est plus rare en valeur, plus cher, et sa maturité reste courte, la structure des concours bancaires étant historiquement dominée par le court terme. Un exploitant agricole, un transformateur ou un négociant qui prépare une campagne se retrouve à financer des besoins de cycle avec des ressources de trésorerie.

La montée d’un établissement né dans la région, dont la culture de risque s’est forgée sur une clientèle de petits porteurs et de commerçants, constitue à cet égard une donnée à surveiller. Reste à vérifier si cette progression de parts de marché se traduit par un allongement des durées de prêt, seul critère qui changerait réellement la capacité d’investissement des entreprises régionales.

Mérimé Wilson

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