Aller au contenu
Indicateurs
Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%Cacao Bafoussam1 780 F/kg+2,4%Cafe arabica Ouest2 150 F/kg+1,1%Mais grain285 F/kg-0,8%BRVM Composite268,4 pts+0,6%Inflation Cameroun4,1%-0,2 ptCiment CIMENCAM 50kg5 900 F0,0%
mercredi 5 août 2026
Finance et Nkap

Entre le téléphone et la réunion du dimanche : comment circule réellement l’argent des Hauts Plateaux

5 min de lecture

Le Cameroun concentre 65,10 pour cent du volume des transactions de paiement de la Cemac. Le mobile money y pèse environ 5 pour cent du produit intérieur brut. À côté de ce circuit désormais mesuré, la tontine continue de faire fonctionner une économie que personne ne parvient à chiffrer.

Le rapport 2024 sur les services de paiement publié par la Banque des États de l’Afrique centrale donne l’ordre de grandeur. Dans l’ensemble de la sous région, 502 fournisseurs de services de paiement ont traité 3,92 milliards de transactions pour une valeur totale de 182 962 milliards de francs CFA, sur 56,47 millions de comptes, avec une croissance annuelle de 5,76 pour cent en volume et 6,38 pour cent en valeur. La monnaie mobile représente à elle seule 94,34 pour cent des transactions en volume, soit 3,74 milliards d’opérations.

La position camerounaise est dominante. Le pays a concentré 65,10 pour cent du volume des transactions et 56,95 pour cent de la valeur globale en 2024. Le Congo se classe deuxième en volume avec 22,76 pour cent, le Gabon deuxième en valeur avec 17,49 pour cent. Les trois autres États membres représentent collectivement moins de 2 pour cent du volume.

Un segment particulier mérite l’attention des commerçants. Les paiements de biens et services par plateformes de monnaie mobile ont atteint 3 072 milliards de francs CFA en 2024, contre 2 961 milliards un an plus tôt, soit une progression de 3,74 pour cent. Le volume est passé de 1,427 à 1,498 milliard de transactions, en hausse de 4,97 pour cent. La banque centrale y lit une démocratisation des paiements électroniques pour des achats de faible valeur, la valeur moyenne par opération reculant nettement. Autrement dit, le paiement mobile cesse d’être un instrument de transfert entre particuliers pour devenir un instrument de caisse.

Une pénétration qui a doublé en cinq ans

Les données de l’Institut national de la statistique confirment la diffusion. L’usage du mobile money est passé de 29,9 pour cent en 2017 à 42,7 pour cent en 2022 parmi les personnes âgées de quinze ans ou plus, selon les résultats de la cinquième enquête camerounaise auprès des ménages, rendus publics en avril 2024. Le rapport 2025 de la GSMA estime la contribution du secteur à au moins 5 pour cent du produit intérieur brut national, ce qui place le pays juste derrière le Kenya.

La fiscalité constitue le contrepoint de cette progression. Depuis le 1er janvier 2025, en application de la loi de finances, un droit spécifique de 4 francs CFA s’applique à chaque transaction, en sus de la taxe de 0,2 pour cent sur les transactions électroniques en vigueur depuis 2022. Pour un commerçant qui traite plusieurs dizaines d’opérations de faible montant chaque jour, l’effet cumulé sur la marge n’est pas négligeable.

La concurrence, elle, s’intensifie. La Commission bancaire de l’Afrique centrale a autorisé le 11 juin 2025 la Commercial Bank Cameroun à lancer un service de paiement mobile en partenariat avec Wave Transfer, marquant l’entrée officielle sur le marché camerounais d’un acteur connu en Afrique de l’Ouest pour une tarification agressive.

La diaspora passe désormais par le téléphone

Un flux intéresse directement les Hauts Plateaux, terre d’émigration ancienne. Les ressortissants de la Cemac résidant dans l’Union européenne ont expédié 804 milliards de francs CFA vers les comptes mobiles de leurs proches en 2024, selon les relevés de la banque centrale. Ce montant représente près du triple des 275 milliards acheminés sur la même période et par le même canal depuis l’Amérique du Nord. Les envois depuis d’autres pays africains, hors Afrique de l’Ouest, atteignent 172,3 milliards.

Ces sommes ne transitent plus par les guichets classiques. Elles arrivent directement sur un portefeuille électronique, ce qui modifie leur usage : le transfert devient fractionnable, immédiat, et il se convertit plus facilement en dépense courante qu’en apport d’investissement.

La part invisible

Reste la tontine, institution financière la plus ancienne de la région et la moins documentée. Le système d’épargne et de crédit rotatif désigné localement sous le terme de tchoua constitue une épargne forcée et régulière qui permet de constituer un capital à partir de mises modestes, un canal de crédit pour des personnes sans accès au système formel, et un instrument de financement de projets commerciaux, agricoles ou immobiliers.

Son poids économique fait l’objet d’estimations très divergentes. Le ministère des Finances a retenu par le passé un ordre de grandeur de 90 milliards de francs CFA, chiffre repris dans les travaux du Fonds monétaire international sur l’inclusion financière. Des estimations bien supérieures circulent, sans base méthodologique publiée. Cette incertitude est en soi une information : une part significative de l’épargne régionale échappe à la mesure, donc à la politique publique comme à la stratégie commerciale des banques.

Le Fonds monétaire international avait pourtant identifié le levier. La participation à une tontine ouvre des possibilités de prêt auprès des banques et des microfinances, grâce aux garanties collectives et morales qu’apporte le groupe, et certaines associations peuvent accéder au statut d’établissement de microfinance de première catégorie une fois acquise une base financière solide.

C’est probablement là que se situe le chantier financier le plus rentable de la région : non pas remplacer la tontine par le compte bancaire, mais construire les instruments qui permettent à la première de servir de collatéral au second.

Wilson N

Partager cet article

A lire aussi

Laisser une reaction