Croissance revue, inflation maîtrisée, dette sous tension : ce que le cadrage 2026 promet et ce qu’il coûte
Le budget de l’État atteint 8 816,4 milliards de francs CFA cette année, en hausse de 14 pour cent. Six mois après son adoption, les hypothèses de croissance ont déjà été revues à la baisse et le besoin de financement reste supérieur à 3 000 milliards. Décryptage d’un exercice budgétaire qui engage directement les entreprises des Hauts Plateaux.
Le projet de loi de finances déposé à l’Assemblée nationale le 26 novembre 2025 affichait une ambition claire. L’enveloppe s’équilibre en recettes et en dépenses à 8 816,4 milliards de francs CFA, soit une progression de 1 080,5 milliards, environ 14 pour cent, par rapport à l’exercice précédent. Le budget général en représente l’essentiel avec 8 683,9 milliards, contre 7 669 milliards en 2025. Les comptes d’affectation spéciale passent quant à eux de 65,6 à 132,5 milliards, une quasi-multiplication par deux qui s’explique par la création d’un fonds spécial de 50 milliards destiné à l’autonomisation économique des femmes et à l’emploi des jeunes.
Le financement repose d’abord sur la mobilisation interne. Les recettes internes sont évaluées à 5 887 milliards, dont 4 889,5 milliards de recettes fiscales et douanières. Le ministère des Finances présentait ces prévisions en s’appuyant sur trois hypothèses : une croissance nationale de 4,3 pour cent en 2026 après 3,9 pour cent en 2025, une inflation ramenée à 3 pour cent après 3,2 pour cent, et une accélération de l’activité dans la zone Cemac, à 3,3 pour cent contre 2,6 pour cent l’année précédente. Le secteur pétrolier était attendu en légère contraction, à moins 0,1 pour cent, la croissance devant venir du non pétrolier, c’est à dire de l’industrie, de l’agriculture, des télécommunications et des services financiers.
Un cadrage déjà corrigé à mi parcours
Six mois plus tard, la photographie a changé. Le cadrage macroéconomique retenu au 30 juin 2026 table désormais sur une croissance de 3,5 pour cent cette année, puis 3,7 pour cent en 2027, la progression du secteur non pétrolier devant atteindre 4,3 pour cent l’année prochaine. L’écart avec l’hypothèse initiale de 4,3 pour cent pour 2026 est significatif et il rappelle une règle de prudence utile aux directions financières : les prévisions inscrites dans une loi de finances sont un instrument de cadrage, pas une donnée d’exécution.
Sur les prix, la trajectoire est en revanche favorable. L’inflation moyenne sur douze mois s’est établie à 2,6 pour cent en juin 2026, contre 4,1 pour cent un an plus tôt. Le pays repasse ainsi sous le seuil communautaire de convergence fixé à 3 pour cent, une première depuis plusieurs exercices. Les projections retiennent 3,2 pour cent en 2027 puis un ralentissement progressif à 2,8 pour cent en 2029, sous deux conditions explicites : une inflation mondiale contenue et une politique de substitution aux importations effectivement menée à bien. Pour les producteurs de l’Ouest, cette seconde condition n’est pas une abstraction, puisqu’elle recouvre précisément les arbitrages en cours sur le maïs, le riz et les intrants.
Le point de friction : 3 197 milliards à trouver
Le besoin de financement global reste le point dur de l’exercice. Il s’établit à 3 197 milliards de francs CFA, près de 5,5 milliards de dollars, soit environ 8,8 pour cent du produit intérieur brut, et il est couvert à hauteur de 67 pour cent par des ressources extérieures. Le gouvernement a déjà mobilisé 474 milliards à l’extérieur et prépare un emprunt à composante environnementale, sociale et de gouvernance de 400 milliards, avec l’appui de plusieurs partenaires financiers internationaux. L’objectif affiché est de diversifier les sources, de réduire le coût de la dette et d’élargir l’accès aux financements durables par des mécanismes de garantie et de partage des risques.
Cette stratégie s’exerce sous contrainte. Le Cameroun est classé parmi les pays présentant un risque de surendettement élevé par la Banque africaine de développement comme par le Fonds monétaire international. L’exécutif soutient que le niveau d’endettement restera en deçà du seuil de tolérance de 70 pour cent du produit intérieur brut retenu dans les critères de surveillance multilatérale de la Cemac, mais la marge de manœuvre s’est réduite.
Ce que la région doit surveiller
Trois lignes méritent une attention particulière depuis les Hauts Plateaux. La première est routière : les travaux publics constituent le premier poste budgétaire de l’exercice, avec plus de 650 milliards affectés aux routes selon les relevés publiés à l’adoption du budget. Pour une région dont l’économie repose sur l’évacuation quotidienne de denrées périssables vers Douala et Yaoundé, chaque kilomètre livré est un point de marge retrouvé.
La deuxième est fiscale. Les mesures de simplification et de digitalisation des procédures fiscales et douanières annoncées dans le texte visent à fluidifier les échanges, mais la pression sur les entreprises reste réelle, en particulier sur les transactions électroniques, devenues un poste de coût à part entière pour les commerçants.
La troisième est le fonds de 50 milliards dédié aux femmes et aux jeunes. Dans une région où la moitié de la population a moins de 25 ans et où l’agriculture marchande repose massivement sur des exploitantes, la question n’est pas l’existence de la ligne budgétaire mais son canal de décaissement. C’est là que se jouera son utilité réelle.
O.F
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