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mercredi 5 août 2026
Territoires

Babadjou-Bamenda : l’artère qui décide de la rentabilité du commerce régional

4 min de lecture

Trente-cinq kilomètres inaugurés le 17 septembre 2025, un financement de plus de 145 milliards de francs CFA, huit années de chantier interrompues par l’insécurité. La route qui relie l’Ouest au Nord-Ouest et au corridor nigérian entre dans sa phase finale avec la traversée urbaine de Bamenda.

L’axe est plus qu’une liaison entre deux capitales régionales. Il constitue un segment du corridor reliant Yaoundé à Enugu, au Nigeria, en passant par Bafoussam et Bamenda, deux villes dont l’économie repose essentiellement sur la production agricole et le commerce. Sa remise à niveau a été engagée en 2017 avec l’appui de la Banque mondiale, pour un montant total de 192 millions de dollars, afin de réduire les accidents, les coûts de transport et les durées de transit.

Le chantier a connu une interruption longue. Les travaux ont été arrêtés le 14 janvier 2021 à la suite d’une attaque armée, et l’entreprise alors adjudicataire, Sogea-Satom, s’est retirée en invoquant la force majeure liée à la situation sécuritaire. Le maître d’ouvrage a réorganisé le projet en quatre sections : Babadjou-Matazem sur 17 kilomètres, Matazem-Welcome Bamenda sur 18 kilomètres, la voie de contournement de la falaise de Bamenda sur 4,93 kilomètres, et la traversée urbaine, ajoutée ultérieurement comme composante à part entière. Des appels d’offres locaux ont permis la reprise avec des entreprises nationales.

Ce qui a été livré

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a inauguré le 17 septembre 2025 la section Babadjou-Matazem-Welcome to Bamenda, soit 35 kilomètres, tout en lançant les travaux d’aménagement de la traversée urbaine de Bamenda. Ces deux volets constituent le chaînon final de la route Babadjou-Bamenda, financée à hauteur de plus de 145 milliards de francs CFA par la Banque mondiale.

La section inaugurée comprend des tronçons à deux fois deux voies, 69 ouvrages hydrauliques, près de 30 kilomètres de drainage, ainsi que des contournements et des traversées urbaines modernes. Le drainage, souvent négligé dans la communication publique, constitue en réalité le facteur déterminant de la durée de vie d’une chaussée sur les hauts plateaux, où la pluviométrie détruit en trois saisons une route mal assainie.

L’état du dernier segment

La traversée urbaine de Bamenda, confiée à l’entreprise Bun’s, porte sur 6,5 kilomètres de voirie reliant les routes Babadjou-Bamenda et Bamenda-Ekok, deux axes structurants pour la mobilité régionale. L’avancement peut être suivi précisément. Au 14 février 2026, les emprises étaient dégagées sur 3,85 kilomètres et les terrassements généraux réalisés sur 3,8 kilomètres, avec deux ouvrages hydrauliques achevés. Au 20 avril 2026, la mission de contrôle Didon Conseils relevait un taux d’avancement de 21,23 pour cent, les travaux de chaussée étant désormais engagés sur plusieurs kilomètres après la phase de terrassement.

Le passage des terrassements à la chaussée constitue un jalon technique réel. Il marque le moment où le chantier cesse de préparer le terrain pour construire la route.

Ce qui se joue économiquement

Trois effets méritent d’être anticipés par les entreprises régionales. Le premier est le coût de transport. Sur un axe dégradé, l’usure des véhicules, la consommation de carburant et l’immobilisation liée aux pannes représentent une part de charge que les transporteurs répercutent sur le fret. Une chaussée neuve libère cette marge, à condition que la concurrence sur le transport la transmette effectivement aux chargeurs.

Le deuxième est le temps de transit, déterminant pour les denrées périssables. La pomme de terre, la tomate, l’avocat et les légumes des hauts plateaux se déprécient à chaque heure passée sur la route. Le raccourcissement du transit augmente mécaniquement la part commercialisable de la récolte.

Le troisième est la réouverture progressive des échanges avec le Nord-Ouest et, au delà, avec la frontière nigériane. Ce marché a longtemps constitué un débouché naturel pour les productions vivrières de l’Ouest, et sa perturbation depuis 2017 a réorienté les flux vers Douala et Yaoundé, au prix d’un allongement des distances. La normalisation, même partielle, redonne une option commerciale aux producteurs.

Une réserve s’impose toutefois. Une infrastructure ne crée pas à elle seule les conditions du commerce. La sécurité du parcours, la fluidité des contrôles routiers et la stabilité des règles de transport pèsent autant que la qualité du revêtement dans la décision d’un transporteur.

Wilson N

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